Conception

Quel est le meilleur moment du cycle pour concevoir ?

Vous seriez peut-être tenté de répondre au 14ème jour du cycle, le jour de l’ovulation ? Mais il se trouve que ce jour est plutôt celui de l’ovulation théorique et est très très (très) loin d’être représentatif de la réalité.



Pourquoi cibler une période du cycle ?


La femme, contrairement à l’homme, n’est pas fertile tous les jours. En tout et pour tout, environ 1/3 de son cycle est potentiellement fécond. De plus, au sein même de cette période, seuls 3 à 5 jours en moyenne peuvent aboutir à une fécondation. En effet, les spermatozoïdes peuvent survivre jusqu’à 5 jours1 dans le corps de la femme, en période fertile et l’ovule est fécondable 12 à 18h seulement.  A cela ajoutons, que les chances de concevoir à chaque cycle ne sont pas aussi importantes qu’on imagine. D’autre part, plus on vieillit, plus les probabilités de concevoir diminuent. A la fin de la vingtaine et le début de la trentaine, l’âge où la majorité des couples souhaitent concevoir, la probabilité de conception par cycle tombe à 15%.

How to Get Pregnant, 2005. Dr. Sherman Silber, MD.

Optimiser ces chances de concevoir en ciblant les rapports sexuels pendant la bonne période du cycle semble être donc une bonne stratégie de départ.



Le mythe du 14ème jour


Revenons avant sur cette idée du 14ème jour ainsi que sur la durée d’un cycle idéal. On décrit, le plus souvent, le fonctionnement du cycle menstruel, sur le modèle suivant : le cycle dure 28 jours et l’ovulation survient au milieu, soit au 14ème jour. C’est ce que vous avez appris à l’école et c’est ce qu’on entend encore beaucoup aujourd’hui, que ça soit dans les médias ou même chez le médecin. Or, vous êtes forcés de constater qu’un cycle ne dure pas forcément 28 jours. Même si vous faites partie de celles qui ont un cycle dans ces standards, vous avez forcément connu un jour ou l’autre une petite variation ou vous avez dans votre entourage des femmes avec une rythmicité menstruelle bien différente. D’après la chercheuse belge Laura Symul, qui a analysé plus de 100 000 cycles à partir d’applications symptothermiques, seuls 27% des cycles ont une durée de 28 jours. Etant donné que presque les ¾ des cycles ne correspondent pas à ce modèle, il est important d’intégrer l’idée qu’il ne s’agit pas là d’une norme que tous les cycles doivent atteindre. Ce n’est peut-être tout simplement pas votre rythme et ce n’est en rien un problème. En réalité, on considère en médecine que les cycles peuvent être compris entre 21 et 35 jours.

S’il devient assez vite évident que les cycles ne sont pas forcément de 28 jours, l’idée de l’ovulation au 14ème jour persiste encore. Ou parfois, celle de 14 jours avant les règles, ce qui est un peu plus proche de la réalité mais ne concerne pas la majorité des cycles non plus.

Pour reprendre l’étude citée plus haut, environ 24 % des ovulations ont eu lieu les jours 14 à 15 du cycle. Pour le dire autrement, 76% des femmes n’ovulent pas au 14ème/15ème jour du cycle. La valeur médiane se situe en réalité à 16 jours dans cette analyse. Ce résultat est comparable aux études réalisées par Petra Frank Hermann, médecin allemande qui a analysé plus de 9000 cycles et qui estime l’ovulation aux mêmes jours dans 25,5% des cas.

Image extrait du livre näturliche familienplanung heute

Certes, l’ovulation ce jour-là est plus fréquente dans cette étude mais ne correspond pas à la majorité des cycles. Concrètement, si vous vous basez principalement sur cette date pour concevoir, vous avez plus de chance de passer à côté de l’ovulation que de tomber juste. Cela est d’autant plus vrai, si vos cycles sont plutôt courts (21-24 jours) ou à l’inverse plutôt longs (32-35 jours).

Est-ce plus intéressant de soustraire 14 jours à la durée moyenne de vos cycles ?

De façon très schématique, le cycle menstruel démarre par les règles puis vient la phase folliculaire. Celle-ci se termine par l’ovulation, puis le cycle passe en phase lutéale (si vous voulez mieux comprendre le fonctionnement du cycle, lisez mon article sur le sujet). La phase folliculaire est beaucoup plus variable dans sa durée que la phase lutéale. Celle-ci est, une fois encore, réduite à 14 jours pour la plupart des gens mais la réalité se situe plutôt autour de 10/16 jours, avec une médiane de 12/13 jours. Soustraire 14 jours est donc plus intéressant que de viser principalement le 14ème jour du cycle mais reste imparfait compte tenu de la réalité.

Pour compléter ces informations, vous pouvez visualiser ma vidéo “ovule-t-on toutes au 14ème jour?”



Peut-on prédire le jour de l’ovulation ?

 

Non, la femme n’ovule pas à une date prédéterminée. L’ovulation dépend de tout un ensemble de facteurs et ce n’est pas purement et simplement hormonal. Si une femme accumule un manque de sommeil, mange en dessous de ses besoins réels ou se met à faire 20h de sport par semaine par exemple, alors il est fort probable que son ovulation soit repoussée (voir supprimée). De même, si elle vit une longue phase de stress ou d’angoisse. La vie n’étant pas un long fleuve tranquille, de très nombreux éléments peuvent influencer le jour de l’ovulation. Faire des calculs et se tenir à une date fixe, reste plus qu’approximatif, voir inapproprié pour optimiser ces chances de concevoir. 

Pour autant, l’ovulation n’est pas complètement imprévisible non plus. La femme n’ovule pas de façon spontanée. Le corps a besoin d’une petite semaine au minimum pour faire maturer les follicules (définition dans cet article)  suffisamment afin qu’une ovulation soit possible. Au cours de cette maturation, des signes de fertilité sont observables, voir testables, pour déterminer la période probable d’ovulation. On parle alors d’identifier la période fertile plutôt que de détecter le jour d’ovulation. 



Comment identifier sa période fertile ?


Il existe des tests d’ovulation, qui généralement mesurent le pic de LH dans les urines. Le plus connu étant probablement l’appareil Clearbue mais il existe aussi le Mira.

La LH est une hormone qui est sécrétée en grande quantité quelques heures avant l’ovulation. Cependant, les résultats sont parfois un peu aléatoires. Effectivement, il y a des femmes qui ont des taux de LH trop faibles, ou à l’inverse trop élevés pour être détectable par ces appareils. Parfois, elles en sécrètent sur une durée trop courte, et la LH passera entre les périodes de test2.

Il existe également des tests salivaires comme le Geratherm ovu control. En période fertile, les sécrétions d’œstrogènes augmentent, or ils accroissent la quantité de sodium présent dans la salive (ainsi que ceux dans la glaire cervicale). Lorsque celle-ci sèche, on peut y voir des cristaux en forme de fougères, à l’aide d’un microscope adapté. Les résultats ne sont malheureusement pas toujours faciles à interpréter. En effet, les œstrogènes n’augmentent pas forcément de façon constante et linéaire, ce qui peut donner des résultats troublants.

Bien que l’idée de faire des tests semble assez séduisante, cela présente aussi des inconvénients.  On l’a vu, ils ne sont pas toujours capables de détecter ce qu’ils sont censés faire. Et puis, il y a bien sûr le coût de ces produits. Ils vous seront adaptés avant tout si vous aimez ce genre d’outils et d’expérience.

Une autre façon de connaître sa période fertile est de pratiquer la symptothermie. Cette méthode consiste à observer ses sécrétions de glaire cervicale et de prendre sa température basale. Eventuellement la palpation du col de l’utérus peut être ajoutée pour mieux repérer sa période fertile. L’inconvénient c’est qu’elle nécessite un apprentissage. Mais elle permet aussi de détecter d’autres informations utiles lorsque l’on souhaite concevoir, comme la durée de sa phase lutéale. Si celle-ci est inférieure à 10 jours, les chances de conceptions sont grandement amoindries. En améliorant son hygiène de vie, notamment avec la naturopathie, on peut bien souvent prolonger sa durée. Une fois apprise et l’achat d’un thermomètre, elle ne vous coûtera rien de plus.

Selon les données Sensiplan, 90% des couples parviennent à concevoir au bout de 9 cycles en pratiquant la méthode symptothermique. Au-delà de cette période, si celle-ci a été appliquée correctement, il est préférable de se tourner vers la procréation médicalement assistée, car les taux de réussite n’augmentent pratiquement plus.

Gnoth et al.: Human Reproduction Vol.18, No.9 pp. 1959-1966, 2003

[1] Dans des cas beaucoup plus rares, les spermatozoïdes peuvent survivre jusqu’à 7 jours mais cela concerne moins de 1% des hommes.

[2] Tony Weschler, Taking charge of your fertility, p 190

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