Santé du cycle menstruel

Faut-il faire un bilan hormonal en cas de troubles du cycle ?

Un bilan hormonal du cycle consiste à mesurer les taux d’hormones, notamment celles du cycle menstruel. On est amené à vouloir contrôler ces niveaux lorsqu’on vit des perturbations du cycle. Ainsi en cas de cycles irréguliers, d’aménorrhée, d’infertilité ou encore de péri ménopause (entre autres), le bilan hormonal du cycle semble être la solution idéale pour comprendre la source du problème. Sauf que… on va le voir mais ce n’est justement pas toujours le cas. 

Que mesure-t-on pour un bilan hormonal du cycle ?

Pour un bilan hormonal du cycle, on mesure le plus souvent ces 4 hormones principales, à savoir : la FSH, l’œstradiol (dans certains cas l’estrone, un autre type d’œstrogènes), la LH et enfin la progestérone. (Plus d’informations sur cet article). La progestérone n’est d’ailleurs pas toujours contrôlée. Mais selon le type de problématique, ces informations seront insuffisantes pour éclaircir la situation. Par exemple, en cas d’aménorrhée, le médecin peut vérifier les niveaux de prolactine, d’androgènes, d’hormones de la thyroïde, de glycémie etc. Pour un bilan de fertilité, l’analyse de l’AMH (hormone anti Müllérienne) et parfois de l’inhibine B sont également proposées. 

tube a essai de sang

Quelles sont les conditions pour réaliser ce bilan ?

Pour les hormones principales du cycle, elles se mesurent par prise de sang entre le 2ème et le 5ème jour du cycle, sauf pour la progestérone. Celle-ci est en général dosée au 21ème jour du cycle. On verra plus tard que ce protocole est fréquemment inadapté. 

Il n’est pas nécessaire d’être à jeun ou qu’elles soient prises à une heure précise de la journée (contrairement par exemple à la prolactine ou la glycémie).

Comment l'interpréter ?

Les laboratoires fournissent des valeurs de références pour chaque élément mesuré. Elles peuvent varier selon les labos car cela dépend de leurs techniques d’analyse. En théorie donc, n’importe qui est capable de comprendre le bilan hormonal du cycle. Excepté qu’il existe des subtilités, bien entendu. 

Voici un exemple de valeur de référence.

tableau taux d'hormones dans le cycle

 

Valeurs prises depuis ce site web.

Les difficultés d’interprétation

Plus on s’approche des extrémités des valeurs de références, plus il est probable qu’il y ait un déséquilibre hormonal. Cependant, environ 5% des individus se trouvent naturellement en dehors des repères sans que leur état ne soit pathologique. Autrement dit, un “mauvais” résultat n’indique pas toujours un problème. 

De plus, les valeurs considérées normales sont comprises parfois dans une fourchette très large. C’est notamment le cas pour l’œstradiol. On passe du simple à une valeur presque 20 fois supérieure dans la phase folliculaire ! Or, quand l’intervalle est important, être dans les normes, ne renseigne pas forcément sur le taux optimal pour soi. 

Il faut le replacer dans le contexte et la globalité de la personne. Votre médecin vous aidera pour cela.

Les subtilités du bilan hormonal du cycle

Il est primordial de corréler les résultats avec la clinique. Par exemple, un taux d’œstradiol qui serait dans les normes “hautes”, associé à des règles abondantes et des douleurs aux seins, indiquent que la personne est en hyperoestrogénie. Alors qu’un taux d’œstradiol à la limite ou légèrement au-dessus mais pour lequel il n’y a aucun symptôme associé, signifie probablement que tout va bien. On est bien sûr toujours plus prudent lorsqu’on sort des valeurs de références car le plus souvent ils révèlent une anomalie.  

Les 3 limites du bilan hormonal du cycle

Première limite

Un bilan hormonal du cycle a ses limites. Seul, sans la mise en corrélation des symptômes et autre, il apporte peu de réponse. Le souci, c’est que les médecins font souvent des consultations très courtes. Ils n’ont alors pas le temps de contextualiser correctement les résultats. L’hygiène de vie peut par exemple expliquer certains bilans, ainsi que le poids, la taille, l’âge, l’arrêt d’une contraception hormonale etc.

Deuxième limite

L’inconvénient majeur, selon moi, c’est qu’il illustre un résultat à un instant T mais pas dans sa globalité ni dans la continuité. Or, le cycle menstruel est justement cyclique. Ce n’est donc pas le reflet de vos sécrétions hormonales au cours du cycle mais au cours d’un jour uniquement. De plus, certains traitements, voire selon les hormones, certaines circonstances (l’heure, le stress, l’alimentation…), risquent d’influencer les résultats et donc de fausser l’interprétation. 

Troisième limite

L’autre problème, c’est ce fameux protocole de jour du cycle pour les prises de sang. Il arrive d’avoir des saignements intermenstruels qu’on peut confondre avec de vraies règles. Dans ce cas-là, les prises de sang réalisées entre le jour 2 et 5 du cycle ne sont pas faites au bon moment. Cette situation est cependant, assez rare. 

En revanche, pour la progestérone, elle est mesurée, quel que soit la longueur de votre cycle, au jour 21. Or, ce protocole est basé sur un cycle de 28 jours avec une ovulation au 14ème jour. Seules ¼ des femmes seraient dans cette configuration. Autrement dit, dans les ¾ du temps, la mesure au jour 21 est inadaptée et non représentative des sécrétions de progestérone

Je vous renvoie sur ma vidéo (le mythe de l’ovulation au 14ème jour) pour plus d’informations.

Comment compléter ces informations ?

Les symptômes

Pour établir un bilan hormonal du cycle plus complet, je vous invite dans un premier temps, à noter vos symptômes. Rien que l’observation des menstruations dans le détail (douleurs, caillots, spottings, durée etc.) apprend beaucoup sur soi-même. Je vous renvoie sur un autre de mes articles qui traite de ce sujet. 

Vous pouvez également noter la longueur de votre cycle, sa régularité ou non, votre libido ainsi que les symptômes éventuels avant les menstruations. Si vous avez des maux de tête par exemple et combien de temps avant les règles, cela donne une information précise sur votre corps. C’est en effet un symptôme en général lié à une mauvaise élimination des œstrogènes par le foie et/ou l’intestin. Alors que la rétention d’eau peut indiquer un manque de progestérone comme un excès d’œstrogènes. (Pour plus d’information sur le SPM, rendez-vous sur cet article)

La symptothermie

Toutes ces données seront utiles pour compléter le bilan hormonal du cycle mais on fait encore mieux avec la symptothermie. Si vous ne connaissez pas encore la symptothermie, voici des explications. En pratiquant cette méthode d’observation du cycle, on peut évaluer globalement ses sécrétions d’œstrogènes et de progestérone. 

La glaire cervicale découle directement de la production d’œstrogènes. Le nombre de jours où elle apparaît ainsi que sa qualité renseignent donc sur cette hormone. 

La température offre des informations précieuses sur la progestérone. Elle confirme si vous avez ovulé, combien de jours vous en sécrétez et donne une idée de ses taux. Elle permet en plus d’adapter le protocole de la prise de sang pour mesurer correctement la progestérone. Effectivement, on l’effectue environ une semaine après le début de la montée de température, le moment où ses taux culminent. 

Elle donne, en plus, la possibilité de détecter les troubles de la thyroïde (glande intimement liée au cycle menstruel). 

Enfin, un cyclographe (tableau du cycle en symptothermie), permet une véritable vue d’ensemble sur le cycle et les hormones et non juste une information à un instant T.

D’autres types d’observation du cycle sont possibles (Billings, méthodes calculo-thermiques…) mais elles sont moins précises car ne recoupent qu’un seul signe du cycle.

Conclusion : faut-il quand même faire un bilan hormonal du cycle ?

Faire un bilan hormonal du cycle reste intéressant, à condition de ne pas s’appuyer uniquement sur celui-ci. Tenir compte des symptômes est essentiel. Si votre objectif est de faire un contrôle, la symptothermie et les symptômes, vous apporteront plus d’informations qu’un bilan sanguin. A l’inverse, en cas d’aménorrhée, vous avez peu d’observations possibles. Un bilan hormonal est alors plus approprié (à condition de mesurer plus que les 4 hormones principales). Pour presque tous les autres cas de figure, faire les deux seront très utiles, l’un complètera les données de l’autre. 

Vous trouverez des informations complémentaires sur ma vidéo qui traite du même sujet. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *