Physiologie,  Santé du cycle menstruel

Inflammation et fertilité

Il s’agit là d’un sujet plutôt vaste et pour ne pas écrire un article de 10 pages, je vais avant tout traiter celui de la fertilité féminine. Il est certain qu’il y aurait énormément à dire sur l’homme également. Ça sera peut-être le sujet d’un prochain article. Quoi qu’il en soit, certaines informations dans cet article seront applicables chez l’homme. 



Qu’est-ce que l’inflammation ?


L’inflammation est un processus naturel qui sert à nous protéger contre une agression. On la caractérise notamment par quatre termes en “eur” : rougeur, chaleur, grosseur et douleur (elle peut aussi s’accompagner de fièvre, de frisson, de fatigue etc.). Cela est dû à l’arrivée massive des cellules immunitaires qui viennent protéger l’organisme sur la zone agressée, ce qui au passage, demande aux vaisseaux sanguins de se dilater. 

L’inflammation a pour objectif de reconnaître, détruire puis d’éliminer toutes les substances étrangères. L’agression qui cause l’inflammation peut être une bactérie, un virus, une lésion physique et même être causée par une mauvaise hygiène de vie (je détaillerai un peu plus loin). Elle peut aussi se déclencher sans une véritable menace. C’est le cas pour les allergies ou les maladies auto-immunes, entre autres. Dans ces derniers cas, l’organisme lutte continuellement contre des agressions inexistantes. Or cette inflammation chronique peut porter préjudice à la santé de manière générale mais également à la fertilité. 

Le saviez-vous ? On mesure la plupart du temps l’inflammation par un marqueur qui se nomme la protéine C réactive ou CRP. Pour cela, il est nécessaire de faire une prise de sang. Habituellement, la CRP doit être située en dessous de 5 mg/L mais son taux augmente lorsque l’organisme est enflammé, pouvant parfois monter à plus de 300 mg/L. 



Comment l’inflammation impacte-t-elle notre fertilité ? 


Un effet sur les ovulations  


Dans cette étude, les scientifiques ont mesuré l’inflammation, à l’aide de la CRP, à différentes périodes du cycle. Ils ont constaté qu’elle était légèrement plus élevée pour les cycles dits “anovulatoires”, autrement dit pour les cycles où l’ovulation ne s’est finalement pas produite. Notons toutefois, que l’étude portait que sur une soixantaine de femmes et sur deux cycles seulement.

 Dans une autre étude, on a pu observer chez les souris que la LH (hormone qui déclenche l’ovulation), augmentait les sécrétions de prostaglandines, en plus de la progestérone. Or, les prostaglandines sont des substances qui diminuent l’inflammation. Autrement dit, d’après ces deux études, il semble que pour que l’ovulation puisse se produire, l’inflammation doit être basse. Bon, il s’agit de souris et cela ne se transpose peut-être pas sur les femmes… mais d’autres arguments semblent converger vers ce lien entre inflammation et ovulation. Notamment, la prise d’aspirine (un anti-inflammatoire) en petite dose quotidienne, augmente de 35% les chances de grossesse. Cela laisse supposer que les femmes ovulent plus facilement sous ces conditions. 

Enfin, dans cette étude, l’inflammation a été mesurée au cours de la phase folliculaire du cycle de la femme (voir cet article si le mot folliculaire ne signifie rien pour vous). Elle met en évidence une CRP légèrement plus élevée chez les femmes avec une phase folliculaire plus longue et donc une ovulation plus tardive. Bien que ça ne soit pas la conclusion de cette étude, cela fait penser que l’inflammation retarde l’ovulation. De plus, chez les femmes atteintes du SOPK (plus d’info sur ce lien) et qui par définition, ovulent rarement ou tardivement, on constate fréquemment une inflammation associée.


Un effet possible sur la phase lutéale du cycle  


La phase lutéale (voir cet article pour plus d’info) est sous dominance de la progestérone. Quand celle-ci n’est pas sécrétée de façon suffisante, apparaît alors le fameux SPM (ou le syndrome prémenstruel). Un SPM peut donc être le signe d’un taux de progestérone trop faible. Cela signifie que la phase lutéale est potentiellement trop courte ou fragile. Or une phase lutéale mal équilibrée peut amener des difficultés de conception. Cette étude montre une association entre inflammation et SPM. Mais ce lien n’est pas toujours significatif et dépend des symptômes. Ainsi, les sautes d’humeur, les crampes abdominales, les maux de dos, l’augmentation de l’appétit, la prise de poids, les ballonnements et les douleurs mammaires sont accompagnés d’inflammation. Les maux de tête, en revanche, ne semblent pas y être associées.  

Il existe pour le moment encore peu d’études sur cette période du cycle en lien avec l’inflammation pour pouvoir pleinement affirmer une corrélation. Cependant, on sait qu’il existe une compétition entre les hormones cortisol et progestérone, toujours en faveur du cortisol*. Or, le cortisol est sécrété lorsque l’organisme est enflammé car il joue un rôle anti-inflammatoire. Autrement dit, s’il y a continuellement du cortisol sécrété dû à une inflammation chronique, la progestérone passera au second plan. Cela déséquilibrera la balance hormonale et peut conduire notamment à un SPM.

*p52 SPM, les solutions naturelles, Dr Bérengère Arnal.



Les causes d’une inflammation 


Les pathologies infectieuses 


Bien sûr, il existe des bactéries, virus ou parasites qui ont un impact direct sur la fertilité des femmes. Par exemple, la bactérie chlamydia trachomatis, le papillomavirus ou encore le toxoplasma gondii (qui provoque la toxoplasmose) agissent en affectant directement le système reproducteur. Dans ces cas de figure, ce n’est pas l’inflammation seule qui affecte la fertilité des femmes. Mais au-delà des pathologies infectieuses impactant directement la fertilité féminine, n’importe quel virus, bactérie, champignon ou encore parasite est susceptible de perturber les ovulations. Il n’existe malheureusement pas d’étude pour le démontrer et ce que je vais dire sera donc à prendre avec du recul. Les femmes qui pratiquent la symptothermie ont une idée très claire de leur période d’ovulation, même si elles ne peuvent pas déterminer avec certitude ce jour exact. Elles peuvent en plus, cette fois-ci avec certitude, savoir si leur cycle était ovulatoire ou anovulatoire ou si l’ovulation a été retardée. Pratiquant moi-même la symptothermie et ayant accompagné des centaines de femme sur ce chemin, j’ai pu constater qu’une infection avait tendance à retarder les ovulations. Il semble que cela dépende du niveau de l’infection. Plus la femme est malade, plus l’ovulation est retardée, voir supprimée. A l’inverse, une légère infection paraît avoir beaucoup moins d’incidence comme une infection qui débute en phase lutéale. Tout cela reste expérimental et demanderait à être vérifié de façon plus rigoureuse, bien entendu. 


Les comportements qui favorisent l’inflammation


Outre les infections et les blessures, l’hygiène de vie a aussi son mot à dire sur l’inflammation. Par exemple la cigarette, la consommation d’alcool, ou encore le surpoids sont des facteurs assez évidents qui font grimper l’inflammation. D’ailleurs, la fertilité est plus basse parmi ces groupes d’individus. Mais d’autres habitudes, notamment au niveau alimentaire, peuvent influencer l’inflammation et donc potentiellement la fertilité. 

L’excès de café comme l’excès de sucre font partie des aliments qui augmentent l’inflammation. Pour ce dernier, même si on augmente les omégas 3, qui ont une action anti-inflammatoire, le sucre les empêche d’agir et l’inflammation persiste.  

L’excès de viande rouge est aussi associé à une augmentation de l’inflammation tout comme de manière général les aliments transformés (par exemple les graisses trans). Reste un groupe d’aliments où les spécialistes ne sont pas toujours d’accord… les produits laitiers ! Cette étude a mis en évidence une action anti-inflammatoire des produits laitiers, excepté chez les personnes allergiques au lait de vache. Or, il se trouve que les deux tiers des adultes dans le monde sont intolérants au lactose. Ces proportions d’intolérances sont très variables d’une région à l’autre sur la planète. En France, entre 30 à 40% des gens en moyenne seraient intolérants. Il ne s’agit là que du problème du lactose… la protéine Caséine A1 apporte aussi son lot de complication (potentiellement le diabète de type 1, les maladies coronariennes, les maladies auto-immunes etc.). En tant que naturopathe, j’observe souvent une amélioration globale de la santé des gens lorsqu’ils diminuent leur consommation de produits laitiers. 

Enfin, le manque de sommeil comme le trop de sommeil font également partie des comportements qui augmentent l’inflammation.



Conclusion


Pour améliorer sa fertilité, il est pertinent de chercher à diminuer son niveau d’inflammation dans son corps. S’il n’est pas toujours possible d’agir sur les risques infectieux, vous pouvez en revanche adopter une bonne hygiène de vie, que ça soit au niveau du sommeil, de l’alimentation mais aussi du sport (rappelons que le surpoids augmente l’inflammation).

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