contraception naturelle

Pourquoi avoir un cycle menstruel naturel est-il un acte écologique

Cycle menstruel naturel vs cycle artificiel

Le cycle menstruel naturel

Le cycle menstruel est la période de préparation du corps féminin à la fécondation. Il démarre au premier jour des règles, se termine à l’arrivée des règles suivantes et comprend plus ou moins au milieu de celui-ci, une ovulation. Ça, c’est ce qui se passe dans un cycle dit “naturel”. Que veut dire du coup “cycle artificiel”? Et qui aurait de tel cycle ?  

Cycle artificiel : qui est concerné ?

Eh bien en réalité, beaucoup de personnes… Toutes celles qui prennent une pilule oestroprogestative ainsi que le patch contraceptif et l’anneau vaginal

Ces contraceptions utilisent des hormones synthétiques : un œstrogène de synthèse, l’éthinylestradiol, et un progestatif (variable selon les contraceptions). C’est le progestatif qui joue le rôle principal de la contraception car il bloque les ovulations. D’ailleurs, au début des premières expérimentations de la pilule contraceptive, elle ne contenait qu’un progestatif. En bloquant l’ovulation, les femmes n’avaient du coup plus de règles et à l’époque, cela impactait leur confiance en la méthode. En effet, pour elles, ne plus avoir de règles était synonyme de grossesse. L’inventeur de la pilule, Gregory Pincus, a donc eu l’idée d’y ajouter un œstrogène : l’éthinylestradiol. De cette façon, il pouvait mimer le cycle menstruel, tout en bloquant les ovulations. 

Aujourd’hui, il existe de nombreuses contraceptions hormonales ne contenant qu’un progestatif puisque ne plus avoir ses règles ne fait plus autant peur aux femmes (implant, stérilet hormonal, injection…). Mais revenons-en aux cycles artificiels. 

Cycle artificiel : concrètement comment ça marche ?

Toutes les 3 semaines, avec un traitement oestroprogestatif, la femme est tenue de faire une pause de 7 jours, dans la prise de ce médicament. Cela déclenche des “fausses” règles. En effet, ce ne sont pas de véritables menstruations. Les mots “règles” ou “menstruations” ne désignent pas juste des saignements s’écoulant par le vagin. Mais il s’agit de saignements qui se déclenchent une dizaine de jours à 2 semaines après l’ovulation en l’absence de grossesse. Or, avec une contraception hormonale, il n’y a justement plus d’ovulation. On parle alors “d’hémorragie de privation” ou autrement dit de “saignement dû à la privation des hormones synthétiques”. 

Voilà comment nous pouvons créer un cycle artificiel. Il y a plein de petites différences supplémentaires entre les deux car évidemment les hormones synthétiques ne sont pas une copie parfaite des naturelles. Elles ne peuvent donc pas remplir des fonctions identiques. Je reviendrai sur certaines d’entre elles au cours de cet article. 

L’impact des contraceptions hormonales sur l’environnement

Que ce soit les hormones naturelles ou synthétiques, le corps les élimine après les avoir utilisées. La plus grosse partie est éliminée à travers les urines et le reste au niveau des selles. Tout cela va donc se retrouver dans les stations d’épuration puis dans la nature. En effet, à ce jour les centres d’assainissement des eaux usées ne savent pas éliminer ces molécules. Seulement, entre les hormones produites naturellement par la femme, l’estradiol, et l’éthinylestradiol, il y a quand même des différences importantes. 

Le potentiel ostrogénique de l’éthinylestradiol est 1,2 à 2,5 (p 29) fois plus actif que celui de l’estradiol. Autrement dit, son effet est plus puissant. De plus, lorsque l’organisme élimine les œstrogènes qu’il fabrique, il les « conjugue » en grande partie. C’est-à-dire qu’il transforme ces molécules pour les inactiver en quelque sorte, ce qui les rend beaucoup moins dangereuses pour l’environnement. A cela s’ajoute, que certaines bactéries présentes dans les stations d’épuration (comme N. tardaugens ou D. oestradiolicum (p 45)) sont capables de dégrader les œstrogènes humains mais ne peuvent pas le faire pour l’éthinylestradiol.

La féminisation d’espèce aquatique

Depuis les années 90, on constate un phénomène étrange chez certaines espèces de poissons : la “féminisation des mâles”. Les poissons ont été beaucoup étudiés à ce niveau là mais on retrouve cette transformation sexuelle chez d’autres espèces aquatiques comme les alligators, les tortues et les grenouilles. Et non, cela n’est pas dû à une crise d’identité sexuelle. 

Comment pouvons nous être sûrs qu'ils se féminisent ?

Les organes sexuels chez les poissons ne sont pas toujours simples à comprendre. Certaines espèces, comme les poissons-clowns ont la capacité de changer de sexe naturellement (j’entends donc sans pollution). Ce sont des poissons dit “hermaphrodites”. Selon les besoins de reproduction de leur espèce, ils peuvent s’adapter pour devenir mâle ou femelle.

En ce qui concerne la féminisation des poissons, c’est différent car les espèces concernées n’ont pas ces capacités d’adaptation.  Les poissons mâles produisent notamment de la vitellogénine dans leurs testicules. Or, la vitellogénine est une protéine que l’on retrouve dans les œufs de femelles. On retrouve même parfois des œufs, à un stade précoce, dans les testicules des mâles. 

Est-ce que toutes les espèces sont concernés et quelles sont les conséquences ?

Cette transformation se constate chez 37 espèces de poissons dans les lacs et les rivières, principalement d’Europe et d’Amérique du Nord, car plus étudiés (ce qui ne veut pas dire que cela n’existe pas ailleurs).   

Et bien entendu, cela impacte leur reproduction et les populations de ces espèces diminuent fortement, voire dans certains cas, disparaissent.

En 2007, des chercheurs de l’université du Minnesota aux États-Unis, ont exposé volontairement des poissons à de l’éthinylestradiol, a de faibles doses (5 à 6 ng·L −1) sur une période de 7 ans. Ils ont obtenu une quasi extinction de cette espèce dans le lac, avec bien entendu une féminisation des mâles mais aussi une altération des œufs chez les femelles. Mais l’effet des œstrogènes sur la vitellogenèse est détectable à partir de seulement 0,1 ng/l d’éthinylestradiol (p 33). Les poissons seraient ainsi plus sensibles que nous à ces hormones car ils ont plus de récepteurs aux œstrogènes que les humains. 

A la fin des années 90/début des années 2000, les scientifiques pointaient tous du doigt l’éthinylestradiol, contenu dans les pilules contraceptives. Et cela pour plusieurs raisons : parce que son potentiel ostrogénique est très fort et parce que les stations d’épuration ne savent pas les traiter. Mais est-il le seul responsable ?

L'éthinylestradiol est-il le seul responsable ?

Je vais vous la faire courte, non ce n’est pas le seul responsable. Et il ne suffira pas de faire changer massivement les femmes de contraceptions pour que le problème disparaisse. 

D’autres perturbateurs endocriniens sont dénoncés aujourd’hui. Par exemple, le bisphénol A, interdit depuis 2015 en France, est un perturbateur endocrinien aux pouvoirs ostrogéniques. Cela dit, son potentiel ostrogénique est 1000 à 2000 fois moins important que celui de l’estradiol, donc encore davantage si on le compare à l’éthinylestradiol. Je ne cherche pas à réduire sa dangerosité en disant ça et je suis convaincue qu’il est nécessaire de diminuer toutes les sources de pollution sur la planète. 

D’autres perturbateurs endocriniens impactent l’environnement des espèces aquatiques, notamment des anti androgènes (qui empêchent l’action des hormones masculinisantes). Ils accentueraient la féminisation des poissons. On les retrouve dans de nombreux produits chimiques d’usage courant comme des médicaments prescrits contre le cancer de la prostate, des fongicides, des antibactériens, des parabènes… Les parabènes sont par exemple présents dans les produits cosmétiques, shampoings, dentifrice… Bref, il s’agit plus vraisemblablement d’un cocktail chimique d’anti-androgène et d’œstrogènes qui féminiseraient les différentes espèces aquatiques. 

Est-il vraiment écologique de se passer de la pilule alors ?

Un perturbateur endocrinien puissant

Eh bien oui, quand même… Je l’ai dit plus haut, le potentiel ostrogénique de l’éthinylestradiol est 1,2 à 2,5 plus fort que l’estradiol. Il est également beaucoup plus puissant que d’autres perturbateurs endocriniens connus de longue date (cf. bisphénol A). Comme de nombreux perturbateurs endocriniens, il agit en très faible quantité. Autrement dit, même si dans les proportions il ne constitue pas la majeure partie des perturbateurs endocriniens, il reste dangereux pour l’environnement.  Le problème des perturbateurs endocriniens, c’est aussi l’effet cocktail. Pris individuellement, ils ne sont pas toujours dangereux mais ensemble ils altèrent la santé des êtres humains, comme celle des animaux ou des végétaux. Et réduire les différentes sources de perturbateurs endocriniens ne peut être que bénéfique pour les différentes vies qui peuplent la planète. 

Les effets sur la santé de la consommatrice

L’autre problème avec cette hormone synthétique, c’est qu’elle augmente les problèmes de santé de sa consommatrice : cancer du sein, du col de l’utérus, risques thrombo-embolie, dépression…  Et tous ces troubles nécessiteront une autre prise en charge médicamenteuse, qui finira elle aussi dans les eaux usées. 

Une pollution chronique

L’inconvénient supplémentaire de ce dernier c’est qu’il est éliminé continuellement, vu que 3 semaines sur 4, la femme contraceptée en consomme. Cela donne un caractère chronique à cette pollution et donc à son exposition sur des organismes vivants.

Les perturbateurs endocriniens et la fertilité

On constate aussi une diminution de la fertilité masculine depuis 50 ans. Le nombre de spermatozoïdes a chuté de plus de 50%, et leur capacité à bouger et leur forme normale sont aussi en baisse. Devinez qui est accusé pour cette dégradation de la qualité du sperme ? Les perturbateurs endocriniens, bien sûr ! Dont l’éthinylestradiol fait donc partie… Et si la fertilité masculine diminue, les consultations en PMA (procréation médicalement assistée) augmentent, faisant alors appel à d’autres traitements polluants.

Et les contraceptions hormonales sans l'éthinylestradiol ?

Les progestatifs

Je l’ai mentionné au début de l’article mais il existe des contraceptions hormonales avec uniquement un progestatif. C’est le cas notamment pour l’implant, pour le stérilet hormonal ou encore l’injection intramusculaire. Est-ce plus écologique que les contraceptions « oestropro » ? 

Eh bien, non pas vraiment… Les progestatifs sont souvent considérés comme moins problématiques pour la santé des femmes car ils n’augmentent pas les risques de cancer du sein ou de thrombo-embolies. En revanche, ils multiplient par deux le vieillissement du col de l’utérus (p14) (que ça soit les contraceptions progestatives seules ou oestropro d’ailleurs). Or, celui-ci a un rôle crucial à jouer sur la fertilité des femmes. C’est le lieu de fabrication de la glaire cervicale, une sécrétion produite pendant la période fertile de la femme et qui permet de maintenir en vie les spermatozoïdes. Autrement dit, les progestatifs diminuent la fertilité des couples, qui seront donc plus susceptibles d’être conduits vers une PMA. Je rappelle qu’un parcours en PMA fait appel à de nombreuses hormones synthétiques, qui finiront, une fois de plus, dans les eaux usées et s’ajouteront au cocktail chimique existant.

Ont-ils un impact sur l'environnement ?

Les progestatifs sont, tout autant que l’éthinylestradiol, éliminés dans les urines. Et ne sont pas « nettoyés » des stations d’épuration donc finiront aussi dans la nature. 

Il existe pour l’instant peu de données sur l’effet des progestatifs dans notre environnement donc on ne peut pour l’instant rien confirmer. Mais si le progestatif est capable de bloquer la fertilité de la femme, il est tout à fait probable qu’il impacte d’autres espèces au niveau de leur système reproducteur. Peut-être que nous ne voyons pas encore l’effet des progestatifs en tant que tel, car nous ne le cherchons tout simplement pas ? Il pourrait très bien participer à la baisse de la fertilité masculine par exemple puisqu’un progestatif est capable de bloquer la spermatogenèse. Quoi qu’il en soit, les progestatifs enrichissent, de façon directe ou indirecte, au même titre que les parabènes, les pesticides ou encore les phtalates, le cocktail chimique des perturbateurs endocriniens. 

Comment faire pour garder un cycle naturel

On entend souvent dire par les médecins, lorsqu’ils parlent de la pilule (ou autre médicament d’ailleurs) « les bénéfices dépassent les risques ». Cette affirmation est vraie seulement si l’on considère que c’est la seule contraception efficace qui existe. Or, justement, ce n’est pas la seule… Et s’il existe d’autres contraceptions à la fois non polluantes pour l’environnement, non dangereuses pour la santé des femmes, tout en restant efficaces, pouvons-nous vraiment encore dire que les bénéfices dépassent les risques ?

Les autres moyens de contraceptions efficaces et non polluants

Il y en a certaines que vous connaissez déjà comme le stérilet au cuivre, la vasectomie, ou encore la ligature des trompes. Ces contraceptions ne conviendront bien évidemment pas à tous les profils (mais aucune contraception convient à tout le monde) ou tous les stades de vie mais tout le monde s’accordera pour dire qu’elles ont une très haute efficacité. 

Il en existe d’autres, moins connues ou mal connues comme la symptothermie, une méthode de contraception 100% naturelle et avec une fiabilité équivalente à la pilule. Je vous laisse consulter cette page de mon site si vous souhaitez approfondir le sujet. 

Il y a la contraception par hyperthermie testiculaire avec le slip dit « chauffant » ou l’Andro-switch. Il s’agit aussi d’une contraception 100% naturelle, réversible et efficace. Elle consiste à chauffer les testicules en les remontant contre l’aine, ce qui les amène à une température de plus ou moins 37°. A cette température, la spermatogenèse est altérée et l’homme devient infécond. Il n’existe à ce jour pas réellement de statistiques sur la fiabilité de cette méthode mais la sécurité contraceptive se confirme très bien par un spermogramme.

D’autres contraceptions écologiques existent, avec une efficacité un peu moins bonne comme le diaphragme, la méthode d’ovulation Billings, les méthodes calculo-thermiques (natural cycle, ladycomp, cyclotest 2 plus…)…

Que faire si la contraception hormonale est prise pour des raisons de santé ?

Il existe en fait de nombreuses femmes qui prennent une contraception hormonale pour une autre raison que la contraception : douleur de règles, cycles irréguliers, acné, SOPK, endométriose, règles abondantes… La première chose à savoir c’est que les contraceptions hormonales ne soignent en réalité pas vraiment ces troubles de santé. En effet, à l’arrêt de la contraception, le problème refait en général surface. 

Ensuite, il ne s’agit pas de l’unique alternative de traitement. Travailler sur son hygiène de vie peut par exemple grandement améliorer l’acné, le SOPK ou les douleurs de règles. L’ostéopathie peut aussi soulager les douleurs de règles ou celles liées à de l’endométriose. L’acupuncture et la naturopathie apportent aussi de nombreuses solutions à ces divers troubles. Donc d’autres solutions existent et mériteraient d’être testées avant de se précipiter vers un traitement hormonal. Il existe aussi des situations où seule la contraception hormonale répondra correctement au problème de santé.

Conclusion

Cet article n’a bien évidemment pas pour but de culpabiliser les personnes qui utilisent une contraception hormonale mais d’informer. Informer sur la réalité écologique des contraceptions hormonales et sur l’ensemble des choix possibles en matière de contraception et de santé. Peut-être que le choix de la contraception différerait si les couples étaient davantage renseignés sur les conséquences environnementales de leur contraception ? Il existe, encore une fois, des situations où il n’est pas possible de se passer de ces moyens de contraceptions ou de traitement mais elle concerne très probablement une petite tranche de la population.

J’ai également fait une vidéo sur ce même sujet, si vous n’êtes pas trop lecture. 

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